Description de l'initiative

Les politiques agricoles mondiales actuelles sont incohérentes avec les réalités socioculturelles, pédologiques et environnementales des populations locales. En effet, une dépendance est imposée par les politiques agricoles, qui conduisent en grande partie à la disparition des semences agricoles paysannes au profit des semences non résistantes et pré-infectées ; ces politiques poussent les paysans à utiliser des pesticides.
L’agrosystème des sols du canton de Kouma est caractérisé par des sols pauvres, une faible teneur en éléments organiques en raison des mauvaises pratiques agricoles et des effets des changements climatiques. Face à la dégradation des sols agricoles, les producteurs agricoles du canton de Kouma sont attirés par la fertilisation qui recourt à la chimie et l’utilisation accrue de pesticides chimiques (compte tenu de la proximité de la zone avec le Ghana voisin) ; ces produits aggravent encore la situation. La région forestière tend à perdre son autonomie avec les campagnes de distribution des intrants chimiques organisées par les pouvoirs publics. Or, les biofertilisants dits biologiques sont chers ; ainsi le prix de Supergro est de 45 000 FCFA/5 litres, alors qu’il est fabriqué avec des sous-produits de la culture et de l’élevage, dont la bouse de vache, le jus de canne, la cendre, la farine de roche, etc. En revanche, en produisant ce biofertilisant localement, les 45 000 FCFA permettent d’obtenir une production de 500 litres, soit une capacité de fertilisation de 200 ha de culture. CADR opte pour la souveraineté alimentaire à travers une agriculture durable, souveraine et autonome.
C’est ainsi que CADR a initié ce projet, destiné aux producteurs verts et aux « mères vertes », pour la fabrication de biointrants. Depuis 2018, plusieurs intrants agricoles ont été fabriqués, dont le Supergro liquide et solide, le ferti-fruitP, les bioprotecteurs des cultures, tels que Apichi, chaux soufré et Bouillon de Cendre, les compléments alimentaires tels que les semences de micro-organismes naturels (SMN) et les minéraux à lécher.
120 paysans sont regroupés autour du concept de « producteurs verts et des mères vertes (femmes des producteurs verts) » en raison du caractère familial dont revêt l’agriculture dans la commune.
A la suite d’une formation pratique, chaque paysan peut produire ses propres intrants (pour un hectare de terrain) avec un travail minimum de 60 minutes. Ces intrants ne sont pas coûteux, mais sont efficaces, avec une forte capacité de restauration des sols agricoles et de protection des cultures.
L’objectif global de l’initiative est de rendre autonomes en intrants agricoles durables les paysans, dans le canton de Kouma. Il se décline en trois objectifs spécifiques : contribuer à la restauration des sols dégradés, amener les producteurs à acquérir des connaissances et à s’approprier des techniques de fabrication des biofertilisants utiles, mettre en place un cadre de partage et de diffusion des techniques par la création de champs écoles.
Les bénéficiaires directs des séances de formation sont les 120 producteurs du canton de Kouma. Les bénéficiaires indirects sont 200 autres producteurs de la préfecture de Kloto.
La méthodologie utilisée est basée sur l’andragogie. Elle a consisté à répartir les tâches de préformation, notamment la mobilisation des intrants de formation (cendre, roche, déchets animaux, épices, bois, etc.). Tous les modules sont animés à l’aide de tâches pratiques, suivies de démonstrations. Des travaux de groupe et des exercices de brainstorming ont été également réalisés afin de favoriser une participation interactive ; de plus, un bref exposé a été suivi de débats.
Les activités sont les suivantes : exposé et échange suivi de débats sur le thème « divergence entre la politique agricole mondiale (agriculture de dépendance) et la souveraineté alimentaire », mobilisation des intrants de formation, fabrication des biofertilisants solides, fabrication des biofertilisants liquides, fabrication de bioprotecteurs et de compléments alimentaires pour les animaux.

PRINCIPAUX RÉSULTATS OBTENUS

Le projet a permis d’obtenir une réduction sensible de la déforestation dans la zone. Désormais, les paysans peuvent exploiter une même parcelle pendant plusieurs périodes.
Les relations sociales entre producteurs se sont améliorées, les risques de contamination liés à l’utilisation des pesticides chimiques se sont réduits et la pollution des cours d’eau a diminué.
25% des producteurs formés commencent déjà à produire et à vendre les produits aux autres producteurs de la localité, ce qui constitue pour eux une source de revenu.
Les pesticides chimiques contribuent à l’émission de gaz à effet de serre. Aussi l’arrêt de l’achat et de l’utilisation des produits chimiques non homologués venant du Ghana voisin constitue une avancée notable.